De nos jours, la conception de propriété privée est très large, soit qu’elle soit individuelle au détriment d’autrui soit qu’elle soit « collectivisée » entre les mains de l’état. C’est ainsi qu’il est considéré que ce qui appartient à une personne n’est pas seulement l’intérieur du domicile dans lequel elle réside et mais aussi la façade externe dont elle impose la vue, la forme et la couleur à tous, dans un certain cadre géré par l’autorité politique. Or, le graffiti hip-hop entre justement dans le cadre d’un processus de libre expression qui remet en question la propriété privée en tant que notion sur-expansive. Le b.boys affirme son identité de citoyen en se réappropriant cet espace social, cet espace communautaire.
D’un autre côté, l’idéologie dominante du système appropriatif comprend une forme d’autoritarisme esthétique par lequel il s’arroge le droit d’imposer une façade blanche ou rose ou encore verte là où un autre la voudrait bariolée.
De la même façon, une sorte de fascisme capitaliste comprend l’idée qu’un message expressif, identitaire ou artistique, ne peut exister que si l’individu a payé un droit d’expression à l’état. Pourtant, un droit acquis par un achat qui exclut autrui n’est-il pas par définition un privilège ?
Le graffiti hip-hop comprend une dimension culturelle que l’état ne peut reconnaître comme telle car elle porte en elle-même des valeurs de révolte et de refus de l’autorité qui contestent de fait le système hiérarchique de dominance de la société. Les cultures non grecques étaient déjà considérées toutes comme barbares et vouées aux gémonies. Les cultures africaines ont ainsi été niées et anéanties par les colonialistes européens. Les Rroms ont aussi subi la chasse et l’extermination tant de leurs individus que de leur culture, niée par les nazis. D’un certain point de vue, il en est de même pour la culture hip-hop, et principalement du graffiti hip-hop, stigmatisée comme déviante, délinquante et asociale par des journalistes au service de politiciens populistes, par des procureurs qui vont jusqu’à condamner des jeunes tagueurs à une année de prison ferme, sans doute pour les aider à une meilleure intégration sociale.
L’absence d’organisation représentative de ce mouvement, micro socialement structuré en petites unités claniques et macro socialement en grande partie libertaire, ne permet pas au Hip-hop de se structurer en groupe de pression pour influer sur les politiques sociales et judiciaires.
Généralement, les personnes qui s’intéressent au Hip-hop en tant qu’acteurs le font à un moment clef de leur développement personnel, au moment où ils doivent se trouver une identité personnelle en dehors du système familial, au moment de l’adolescence, quand ils se rendent compte que les valeurs idéales proposées par la société capitaliste sont confrontées à une pratique bien souvent en opposition avec celles-ci. Ils entrent conflit avec l’autorité, dont les premiers tenants sont les parents, l’école, les médias et le politique. Il est non seulement courant mais plus encore normal et salutaire qu’ils se recherchent une identité vraie et un mode de vie en rapport avec leurs valeurs. Le premier moment de ce réveil citoyen se situe bien évidemment à l’adolescence. C’est pourquoi les personnes qui se reconnaissent et s’approprient la culture hip-hop et le graffiti hip-hop sont en majorité des adolescents en rupture scolaire et familiale.
A une période de perte de repère, il est normal aussi que ces jeunes ne constituent en bandes soudées et parfois sous l’autorité d’un leader à la forte personnalité. C’est une période à passer et que les jeunes dépassent généralement en s’opposant au leader pour revenir vers les parents. D’un point de vue social et psychologique, cette période est importante et doit être vécue pour l’épanouissement des jeunes. D’autres rechercheront des repères ailleurs, dans le rigorisme religieux ou l’extrémisme politique.
L’aventure hip-hop a le mérite de construire les générations en transformant les énergies négatives en énergies positives, artistiques, politiques, culturelles et socialement constructives.
Il existe une utilisation des acteurs du Mouv.’ par des travailleurs associatifs qui se servent des jeunes en rébellion pour justifier salaires et demandes de subsides alors qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes la dimension culturelle, révolutionnaire et même quelques fois mystique de la foi dans le Hip-hop. Ces « travailleurs sociaux » ne les aident pas à acquérir une autonomie fatale à leur manipulation ou à faire reconnaître le Mouv.’ tel qu’il est réellement. Ils en enferment les acteurs dans des logiques de subsides qui ne reflètent pas les messages du Hip-hop et en écartent ceux qui peuvent avoir une vision engagée, ceux qui prônent l’autonomie, ceux qui peuvent remettre en cause leur système de maîtrise de la contestation sociale.
Aucun réseau de travail social n’est mis en place pour aider ces jeunes, non à rentrer dans le rang, mais à se trouve une identité et à être en paix avec eux-mêmes. Estampe 51 ASBL se propose de remédier à cela.
Estampe 51 se propose d’aider ces jeunes à identifier les racines de la culture dans laquelle ils baignent et qu’ils façonnent, mais aussi de les aider dans leur problèmes existentiels et sociaux afin qu’ils puissent mettre en place les outils d’une paix intérieure, voire d’un renouveau dans les relations familiales et scolaires pour ceux qui estiment que leur voie passe par là.
Estampe 51 souhaite permettre aux graffiteurs mais aussi à tous les acteurs alternatifs du social de se structurer eux-mêmes et non au service de structures qui se servent d’eux pour justifier leur salaire.
Estampe 51 souhaite lutter contre les désinformations propagées par les journalistes, contre les stigmatisations induites par des procureurs qui protègent avant tout ce qui peut passer pour l’esclavage mental d’un système qui leur assure une position dominante.
Estampe 51 souhaite offrir à des jeunes et des moins jeunes la possibilité d’exprimer leur révolte, non plus contre des individus mais dans le respect des individus et de leur sensibilité, c'est-à-dire leur offrir un exemple d’expression qui puisse s’intégrer dans la vie sociale actuelle, qui tienne compte des différences de points de vue qui enrichissent tant la communauté humaine. Estampe 51 leur offre ainsi l’exemple de murs décorés avec l’autorisation de ceux qui s’en estiment propriétaires. Estampe 51 leur apprend à agir en structurant leur révolte par le dialogue et la collaboration avec les individus, voire ceux qui s’affirment leurs représentants.
Estampe 51 s’offre aussi d’être un relais entre les institutions et les jeunes b.boys, tant en informant les graffiteurs de leurs droits comme des peines qu’ils encourent qu’en instaurant un dialogue entre les institutions politiques et judiciaires et les b.boys.
Estampe 51 s’offre de défendre la culture hip-hop et de la promouvoir partout où cela sera possible, sans pour autant se fermer tant aux cultures alternatives qu’aux arts voisins.
A travers la défense d’une culture, Estampe 51 propose à des individus des activités culturelles et expressives, comme des expositions et des décorations, qui permettent à certains talents de pleinement s’exprimer et de se faire connaître, de s’intégrer s’ils le souhaitent dans un circuit plus commercial et en rapport avec la réalité du système de Babylone.
Ainsi, ESTAMPE 51 crée un nouveau métier qui est celui de peintre en aérosol, ou encore de graffeur.
Estampe 51 aide les jeunes graffiteurs à se défendre en justice et assure un accueil social pour aider à la résolution des problèmes sociaux auxquels les jeunes sont de plus en plus confrontés (mise à la porte, difficultés dans leurs études, assuétudes à des drogues, complexité administrative, difficultés familiales…).